Sunday, September 7, 2025

Hommage à Laurent Murelli

 « On se taillera des pipes plus tard »
C’était ta phrase pour balayer d’un revers toute tentative de compliment, ou même de remerciement à ton égard. Une phrase tirée de Pulp Fiction, film que tu ne citais pas autant que The Big Lebowski et les Démons de Jésus mais qui faisait partie de notre décor lexical au magasin.
Et pourtant ce soir, il est peut-être temps de se tailler des pipes.
De te dire à quel point tu as compté pour tant de guitaristes, de musiciens, de copains et copines qui aimaient cet univers que tu avais construit, cette juxtaposition de machiné à café, de cendrier rarement vide et de beaux instruments pour lesquels tu avais un vrai amour. Amour parfois contrarié, parfois feint, parfois de mauvaise foi, mais toujours ce regard passionné et expert à la fois pour tout ce qui pouvait venir de Fullerton dans les années 50 et 60. Mais aussi pour les moutons à cinq pattes dont personne n’avait compris à quel point ils étaient badass, comme les Mustang Bass Antigua.
Il serait injuste de dire que j’ai tout appris avec toi, tu te sentirais obligé de répliquer avec la citation évoquée plus haut. Disons simplement qu’au moment où j’ai poussé la porte du magasin en ce lundi 21 octobre 2002, missionné par Patrice Vigier pour interview Marty Friedman, j’avais beaucoup d’envies, une passion dévorante mais du haut de mes 19 ans je ne connaissais pas grand chose. Je n’avais pas encore Abbey Road en CD, coup de chance à l’époque tu en vendais au magasin et je me suis donc empressé de combler ce manque incommensurable. Tu as eu la gentillesse de ne pas te moquer, de présumer que je le rachetais après l’avoir perdu.
Quelques mois plus tard, je suis revenu avec mes parents pour échanger le combo 5150 de mon bac contre un stack Marshall JMP qui sera mon ampli principal pendant des années, le premier échange d’une bonne centaine d’arrangements improbables que nous aurons et qui me permettront d’assouvir mes délires guitaristiques.
Je suis revenu plusieurs fois par la suite, j’habitais un quartier de Saint-Germain-En-Laye bien éloigné du RER A donc je mettais à peu près 2h30 pour venir, mais ça valait toujours le coup. Guitare Village a tout de suite été un refuge pour moi, un endroit où j’allais me sentir bien quoi qu’il puisse se passer dehors. J’ai connu Manue, Oliv et Christo et j’ai eu la chance inouïe de les appeler mes collègues à partir de 2005, lorsque tu as accepté ma proposition de venir donner un coup de main trois jours par semaine en parallèle de mes études. Trois jours de Sciences Po, trois jours de Guitare Village, je n’aurais sans doute pas pu traverser les premiers sans les deuxièmes.
C’est grâce à toi que j’ai rencontré Elvis qui jouait avec son tribute à Led Zeppelin pour les dix ans du magasin, le début d’une longue aventure musicale qui a été la plus importante de mon parcours. 
C’est avec toi que je suis pour la première fois allé au Musikmesse de Francfort, en voiture depuis Domont en écoutant des cassettes de Joni Mitchell. J’ai aussi connu le NAMM avec toi plusieurs fois : même si je n’y allais pas pour le magasin, j’étais toujours heureux de fausser compagnie à mes collègues pour aller acheter des disques chez Amoeba et manger des burgers chez Denny’s avec toi et Enzo.
Grâce à nos soirées à écouter des cds chez toi, j’ai découvert Tom Petty, Elvis Costello, Los Lobos ou Yes, autant d’artistes qui pourront paraître surprenants pour ceux qui ne voyaient en toi que l’ayatollah du rockabilly que tu voulais bien leur montrer. Je n’oublierai pas ce poster d’Alice Cooper dans ton salon, cette collection de crânes dont je ne savais pas si je devais la trouver cool ou creepy ou les deux à la fois, ce rire sardonique qui n’était jamais vraiment méchant, cette mosaïque murale dans le magasin (aujourd’hui repeinte) que tu avais pris le temps de m’expliquer en insistant sur Jonathan Livingstone Le Goéland et IF de Kipling… Je n’oublierai pas les sandwichs approximatifs du café l’Olivier, cette Jazzmaster repeinte en bleu qui m’a toujours parue bien plus sexy que toutes les Telecaster de ta collection, ce regard amusé quand tu me voyais flancher sur une guitare de plus alors que j’avais déjà mon Esquire (grâce à toi d’ailleurs, payée en cinq mois de retenue sur salaire).
J’ai même appris à parler avec toi. Je ne compte plus les expressions que je te dois, les mots que je t’ai empruntés, jusqu’à une certaine manière d’approcher les autres que tu m’as enseignée. Peut-être une manière d’être aimé avec sa bizarrerie plutôt que malgré elle, d’inviter les gens dans son univers pour leur faire partager ce qui nous est cher.
J’écris ces mots ce soir pour te remercier, mais aussi comme préambule à une question qui me hante depuis quelques jours : et maintenant, quoi ? On va devoir se passer de toi, continuer comme si c’était normal que tu ne sois plus là ? Et pourtant il le faudra. C’est monstrueux, sans doute impossible, mais il faudra garder le souvenir merveilleux que tu laisses à des centaines de personnes, et le garder en nous comme une chaleur. C’est dur aujourd’hui peut-être, demain ça sera vachement mieux. 
Mes pensées vont évidemment à Manue, Ada, Zoé, Enzo et Nino, à Marine, Oliv’, Navid, Julien, Jay, Chris et Christo (ainsi qu’au « petit » nouveau que je n’ai pas encore assez croisé), ainsi qu’à tous les profs de l’école GV (surtout Narbé bien sûr), mais aussi à toute la famille étendue, autrement dit tous ceux qui ont un jour franchi la porte du magasin et qui s’y sont senti chez eux. Ils sont nombreux.
Merci Laurent.
Et du coup on se taillera effectivement des pipes plus tard.

Saturday, June 1, 2019

Pourquoi Roky Erickson est important

Roky Erickson est mort cette nuit, le 31 mai 2019, à l'âge de 71 ans. Et je dois avouer que j'ai été surpris de constater le nombre assez impressionnant d'hommages qui lui ont été rendus. Je ne pensais pas que nous étions si nombreux à admirer ce songwriter hors pair, tant il est généralement oublié des rétrospectives et autres classements qui permettent de découvrir ce genre de météorites.
Il faut dire que la carrière d'Erickson n'est pas des plus faciles à suivre : trois albums fantastiques avec les 13th Floor Elevators, deux albums avec The Aliens, et quelques albums solo pas forcément faciles à trouver et noyés parmi des compilations de chutes de studio sans grand intérêt. Pourtant Roky Erickson est important. Il faut parler de lui, le faire découvrir, et permettre à ceux qui n'ont pas encore rencontré sa musique de rentrer dans le club. Et ce pour plusieurs raisons :
Roky est important puisqu'il était schizophrène paranoïaque et qu'il est parvenu à traduire sa folie en musique, dans un premier temps du moins. Il est le Syd Barrett américain, et il partage avec l'ex Pink Floyd ce début de carrière fulgurant et passionnant suivi d'une longue traversée du désert. La fin de Erickson sera un peu plus heureuse puisqu'il finira par remonter sur scène et qu'il continuera malgré tout de produire des albums. On voit souvent la maladie mentale de ces génies comme un phénomène romantique, un reste charmant de la grande époque des drogues psychédéliques, mais il suffit de regarder le documentaire You're Gonna Miss Me pour comprendre que la réalité n'a rien de sexy : on y voit Erickson au milieu d'un bordel sans nom de papiers divers et variés, scotché devant son écran de télévision, au crochet de sa mère qui est contrainte de s'occuper de lui.

Erickson est important parce qu'il représente à lui seul le psychédélisme texan. Alors que l'on associe généralement ce style à San Francisco (et Los Angeles dans un moins mesure), les 13th Floor Elevators avaient un son plus brut, plus chaud, blues et même proche du garage rock que j'ai toujours préféré à l'acidité des Jefferson Airplane et autres Grateful Dead (même si bien sûr ces groupes ont toujours eu des guitaristes passionnants, ne soyons pas bégueules). Erickson a prouvé qu'il n'était pas nécessaire de vivre dans une maison bleue accrochée à la colline pour explorer le cosmos musical, et il a même poussé le vice jusqu'à être encore plus barré que ses collègues de la côte Ouest, notamment avec l'intégration de la cruche électrique, que l'on entend très bien sur l'excellent single "You're Gonna Miss Me".
D'ailleurs, sans les 13th Floor Elevators, il y a fort à parier que la carrière du trio le plus célèbre du Texas, ZZ Top, n'aurait pas eu la même allure : en effet, Billy Gibbons a commencé sa carrière dans les Moving Sidewalks, un groupe psychédélique qui doit énormément à l'influence d'Erickson, comme le montre bien le nom d'un de leur singles, "99th Floor".
Erickson est important parce qu'il est un chanteur hors pair, capable de donner de manière aussi crédible dans la mélancolie bouleversante ("Splash 1" sur le premier album des 13th Floor) que dans l'agressivité hard rock digne d'un Bon Scott ("Two Headed Dog" qui ouvre The Evil One). C'est aussi un très grand compositeur, et c'est d'ailleurs par ce biais que je l'ai découvert, puisque j'ai d'abord entendu parler de lui lorsque le groupe Ghost a sorti son EP de reprises If You Have Ghost en 2013. Le titre qui donne son nom à l'EP est une pure merveille signée Erickson, et la très belle reprise est produite par Dave Grohl. C'est ce même Dave Grohl, avec son documentaire Sonic Highways consacré à Austin, qui a exposé Erickson à un nouveau public, preuve de plus que sa musique est un trésor qui ne demande qu'à être découvert encore et encore. Bonne écoute !

Wednesday, September 19, 2018

Fantasme 186 - Fender Custom Shop Telecaster 62 Custom Cadillac Green

Non, les fantasmes de Guitare Obsession ne sont pas que des monstres improbables ! Parfois il y a aussi des guitares sobres et simples qui nous titillent le bout des doigts...
D'emblée, cette Telecaster nous rappelle la perfection du design originel de notre saint patron Clarence Leonidas Fender. La forme est impossible à améliorer (et ce n'est pas faute d'avoir essayé) et le palissandre d'un modèle 62 lui va tout aussi bien que l'érable d'une butterscotch de 52. Celle-ci est une Telecaster Custom, c'est-à-dire qu'un joli binding crème l'entoure devant et derrière, pour un effet légèrement plus classe et distingué qui n'en perd pas pour autant le charme rustre de la forme.
Mais cet exemplaire sorti du Custom Shop a un petit quelque chose de spécial : sa couleur. En effet, le Cadillac Green est d'ordinaire une couleur tirée du catalogue Gretsch, mais puisque les deux marques appartiennent au même groupe ils se permettent de temps en temps de télescopages du meilleur goût. Du coup la touche est en ébène pour profiter pleinement de l'effet frappant d'un Cadillac Green souligné par une touche parfaitement noire. Si vous avez déjà une Duo Jet dans cette couleur, l'ajout de cette Tele à votre collection s'impose absolument.
https://www.rainbowguitars.com/guitar/fender/custom-shop-1962-telecaster-custom-nos-cadillac-green/9231008752/fe

Tuesday, August 21, 2018

Fantasme 185 - Schon NS-SC 1986

Schon est la marque montée par Neal Schon, qui n'est autre que le guitariste fondateur de Journey (oui, Don't Stop Believing c'est sa faute), et accessoirement un membre du groupe Santana alors qu'il n'avait que 17 ans. Le mec pue la classe et le talent, et à ses débuts on le voyait surtout sur Les Paul et SG.
Mais les modes ont changé, et il a bien sûr succombé aux charmes des Superstrat dans les années 80. Il a conçu ce modèle comme son outil ultime, parfaitement adapté à tous ses besoins : micros actifs, Floyd, touche ébène 24 cases, manche traversant, forme extrême mais ultra confortable... Et tant qu'à faire, Schon voulant le meilleur pour sa marque, il s'est adressé à l'atelier le plus doué de l'époque, les cadors de la guitare ergonomique toutes options. Comme la police du logo le laisse deviner, les Schon étaient donc fabriquées par Jackson, et les micros étaient d'ailleurs des Jackson avant qu'ils ne soient remplacés par des EMG sur cet exemplaire. Jackson était très sollicité à l'époque et ils n'ont donc pas eu la disponibilité pour fabriquer assez d'instruments. 200 Schon existent donc à ce jour.
Cet instrument est donc à la fois un phénomène précurseur de tous les artistes qui ont monté leur propre marque (EVH, Wylde Audio, Brian May...), mais aussi un modèle extrêmement rare de la plus belle époque de Jackson.
Tout ça pour finir sur une PRS...
https://www.rainbowguitars.com/guitar/jackson/schon-ns-sc-1986/fe60068/us

Wednesday, February 21, 2018

Gibson - ou comment gâcher une marque de légende

L'article fait une bonne réserve de clics pour pas mal de sites à l'heure actuelle, avec la même news qui n'en est pas une : Gibson est dans la merde. Ils n'ont plus de sous, et vont peut être mettre la clé sous la porte. 
Je suis tout à fait d'accord pour admettre que le Gibson bashing est un sport facile et qu'il revient à hurler avec les loups. Pour autant, je ne peux taire la frustration que provoque en moi l'état actuel de la marque, et il s'agit d'une gestion symptomatique de choix plus généraux dans le music business, un modèle qui a coulé Guitar Center et peut aussi avoir la peau de Fender d'un jour à l'autre. Je pensais donc qu'il était important de revenir sur plusieurs aspects de ce qu'on reproche à Gibson, et afin de prendre le contrepied de ce qui se dit souvent j'aimerais revenir sur des accusations qui tiennent plus des idées reçues que des arguments recevables.

"Le contrôle qualité chez Gibson est devenu n'importe quoi"
Alors oui mais non, le contrôle qualité chez Gibson a TOUJOURS été n'importe quoi, en tout cas au moins depuis le rachat par Norlin en 1965. J'ai vu beaucoup de Gibson considérées comme vintage qui étaient vraiment assemblées avec les pieds, avec des défauts évidents qui n'avaient d'ailleurs pas forcément de rapport avec la qualité sonore de l'engin.

"Gibson envoie les mauvaises guitares en Europe et garde les bonnes pour les États-Unis" 
Cette idée reviendrait à considérer que Gibson est mieux organisé qu'ils ne le sont. Il faudrait qu'ils aient un inspecteur en fin de chaîne qui sélectionne les bonnes et les mauvaises pour les envoyer à deux endroits différents. En réalité, on trouve des bonnes et des mauvaises Gibson partout. La différence, c'est que les États-Unis consomment beaucoup plus de Gibson, donc statiquement sur le lot il y en a plus de bonnes. En fait il y en a plus tout court.

"Gibson ne sait plus fabriquer de bons instruments"
Bien sûr que si, mais il faut aller les chercher au Custom Shop et dans les défuntes Made In Memphis et pas dans les séries US Nashville qui sont généralement d'une qualité assez inconstante.

"Gibson sortent des designs à chier parce qu'ils sont à court de bonnes idées"
Vous faîtes sans doute allusion à la Modern Flying V. Certes ce "nouveau" design est complètement pompé sur l'excellente Roswell de Jackson, mais de là à en faire la "guitare la plus moche du monde", il faut une bonne dose de mauvaise foi (et croyez-moi dans ce domaine je m'y connais). Ou bien juste vouloir choper des vues sur youtube avec des vidéos de réaction outrées sans aucun intérêt. Gibson a le même problème que toute marque historique : si ils se contentent de faire des Les Paul burst et des SG Standard, on leur reprochera leur immobilisme. En revanche, s'ils essaient de nouveaux designs, ils se feront allumer sous prétexte que ça n'est pas leur place. Dur.

"Les Gibson Custom sont trop chères" 
Pas forcément : fabriquer une Gibson coûte cher, entre la main d’œuvre américaine qui est loin d'être gratuite, les matières premières et la distribution. D'ailleurs, en tenant compte de l'inflation, on trouve des Les Paul bien moins chères à l'heure actuelle qu'en 1959. À l'époque, la Custom coûtait 395 dollars, plus 47 dollars pour l'étui. Total : 442 dollars, soit environ 4000 euros actuels. On trouve donc désormais des Les Paul moins coûteuses. Certes, elles sont forcément moins bonnes, puisque le coût de production a lui aussi augmenté (les salaires sont meilleurs, les matières premières sont plus rares) et que donc il faut bien rogner quelque part si le prix est moins élevé. Mais si l'on compare à une réédition du Custom Shop, finalement on n'est pas si loin pour une qualité équivalente.  
Difficile en revanche de dire le contraire pour certains modèles, en particulier des éditions limitées aux tarifs complètement délirants sans aucun rapport avec le coût de fabrication, dans une pure logique spéculative. Certains modèles signature du Custom Shop suivent cette logique (les '58 Slash par exemple, rien ne justifie le prix auquel elles étaient vendues à part leur rareté et l'aura de Slash), mais le plus grand craquage a été atteint avec la Orville Gibson Tribute Les Paul, un hybride douteux d'acoustique et de Les Paul vendu à plus de 100 000 euros (oui vous avez bien lu), et surtout la 20th Century Tribute, une archtop avec des petits dessins dessus annoncée à 1,7 millions. Le problème n'est pas qu'ils ne la vendront pas (il y a forcément un collectionneur qui craquera et ils le savent), mais l'image que ces excès donnent de la marque.

"De toutes façons tu prends une Epiphone et tu changes les micros c'est aussi bien"
 Toi par contre ta gueule, on t'a assez entendu.

"Le patron de Gibson est un dingue"
C'est pas faux. Henry Juszkiewicz a racheté l'entreprise en 1986 et l'a sortie de la mouise. On lui doit le troisième âge d'or de la marque dans les années 90 avec le lancement des Custom Shop par Tom Murphy, mais très vite, dans la grande tradition de la tragédie Shakespearienne, il est devenu accro au pouvoir et s'est mis à régner de façon dictatoriale sur l'entreprise. Aucune décision ne se fait sans son aval, et ses employés vivent dans la terreur à l'idée de dire ou faire quelque chose qui ne lui plaira pas. Le problème, c'est que sans contradicteur, Juszkiewicz prend des décisions aberrantes (l'idée d'avoir imposé les mécaniques automatiques sur tous les modèles en 2015 a coûté très cher à l'image de la marque) et en fait une affaire de fierté. On est avec lui ou contre lui, pas entre les deux.

"Gibson ne sont pas venus au NAMM parce qu'ils sont dans la merde" 
Pas forcément. Déjà, Gibson n'a jamais eu une présence énorme au NAMM. Il y a deux ans, ils avaient une petite salle cachée à l'étage au-dessus du salon principal, un espace très réduit occupé cette année par Guild. L'année dernière, la pièce était plus grande mais montrait autant de produits son grand public (enceintes notamment) que de guitares. Gibson a donc surtout choisi de concentrer sa présence au salon CES de Las Vegas quelques jours plus tôt, un salon qui intéresse beaucoup plus de monde et ne s'adresse pas qu'aux musiciens.

"Gibson force ses revendeurs à prendre telle ou telle guitare en stock" 
Là j'en sais quelque chose, c'est malheureusement vrai. Ils sont loin d'être seuls : beaucoup de grandes marques limitent le nombre de points de vente dans l'objectif de garder une image luxe et exclusive, et la sélection à l'entrée se fait souvent avec une contrainte de stock de départ et de stock minimum à garder au magasin en permanence. Gibson a poussé le vice encore plus loin en établissant une programmation sur l'année qui contraint à choisir son stock un an à l'avance, ce qui leur permet de faire valoir des guitares pré-vendues pour justifier d'emprunter de l'argent aux banques. Les éditions limitées ne sont pas comptées dans cette programmation puisqu'elles ne sont pas annoncées un an à l'avance, et se présentent alors sur le principe du "first come, first served", le premier qui dégaine avec du cash tout frais repart avec la gratte. Les contraintes de programmation sont telles qu'elles obligent de fait à faire une très grande partie de son chiffre d'affaire avec Gibson, transformant le magasin en showroom de la marque puisque le stock imposé est tel qu'il empêche de se lancer en profondeur dans d'autres marques. Et je ne vous parle pas des conditions pour aller choisir ses guitares dans les stocks hollandais, là on a un minimum de commande en plus de la programmation pour justifier du dérangement, sachant qu'ils ne paient même pas l'hôtel ! De mémoire la commande exigée était de 40 000 euros.

C'est bien beau tout ça, mais quel avenir pour la marque ? Il est très peu probable que Gibson disparaisse. La marque a un tel poids historique et une telle aura qu'il y aura forcément quelqu'un pour la racheter et la relancer. Ce qui est sûr, c'est que l'ambiance actuelle ressemble à la fin de l'ère Juszkiewicz, ce qui est loin d'être une mauvaise chose. Deux possibilités : soit la marque est rachetée par un groupe énorme qui garde cette logique et monte un coup marketing sans âme qui ne durera pas, soit Gibson est reprise par une boîte à la gestion plus saine et à la logique à long terme, cette boîte place les bonnes personnes au contrôle qualité et on assiste à un nouvel âge d'or de la marque. On peut rêver non ? 

Monday, November 20, 2017

Hommage à Malcolm Young

(photos empruntées à l'excellent Olivier Ducruix)
Ceux d'entre vous qui me connaissent un peu savent qu'AC/DC est MON groupe, celui par lequel tout est arrivé. J'avais 10 ans, et un ami m'a fait découvrir Highway To Hell. Quelques jours plus tard, j'achetais l'album en K7 avec mon argent de poche à la FNAC de Nîmes. Quelques mois plus tard, c'était mon anniversaire et j'ai reçu une copie de Strato avec le songbook de AC/DC Live (le Live de 92, du coup le songbook était une sorte de best of), et j'ai appris à jouer Thunderstruck avant de savoir former un barré. Angus est bien sûr celui par lequel tout est arrivé, tant dans son attitude scénique qui a fait exploser mon cerveau de pré-adolescent que dans ses notes, brillantes, légères et électriques.
Mais plus j'avançais dans ma compréhension du groupe de la guitare et de la musique en général, plus Malcolm est devenu mon vrai héros. J'ai vite réalisé, notamment grâce aux articles de Phil Lageat dans Hard Rock Magazine, à quel point l'homme à la Gretsch était le véritable architecte du son AC/DC, un pilier rythmique indéboulonnable autour duquel son frère pouvait virevolter en toute liberté, et un compositeur de riffs avec qui seuls Keith et Hetfield pouvaient rivaliser.

Dur comme un roc
Plus j'ai progressé à la guitare, plus j'ai avancé en tant qu'artiste, que compositeur et que théoricien du rock, plus les exploits de Malcolm m'ont paru gigantesques. Beaucoup de guitaristes parviennent à singer les Richards et James cités plus haut, mais personne n'approche de Malcolm de façon convaincante. Lorsqu'un groupe reprend du AC/DC, c'est généralement une catastrophe. Tout le monde s'accorde avec une condescendance entendue sur l'idée que ces morceaux sont "faciles", jusqu'à ce qu'ils se cassent le nez sur l'accompagnement de Thunderstruck, un seul power chord de Si martelé avec un groove inimitable.

Le jeu de Mal
Le jeu de Malcolm est unique à plusieurs titres. Tout commence dans sa main droite, la plus belle du genre, qui attaque avec beaucoup plus de finesse qu'on ne l'imagine. Bien sûr, la patte de l'ours sort quand il le faut, mais il est aussi capable de gratter plus légèrement. Aucun aller n'est un aller par hasard, aucun retour n'est un retour par hasard. La durée de chaque note est savamment étudiée (écoutez à ce titre Girls Got Rhythm et la façon dont la durée des deux premiers accords change selon que le riff sert d'intro, de refrain ou de couplet). Les voicings d'accords sont eux aussi savamment choisis, toujours complémentaires de ceux d'Angus, avec un son bien particulier et très loin des automatismes du genre (pas toujours évidents à jouer d'ailleurs, pas toujours logiques dans leur enchaînement).

Le matos de Mal
Il y avait le matos bien sûr, cette indétrônable Gretsch Jet Firebird Red réduite à sa plus simple expression (bois poncé, trou dans la table où se trouvaient les micros manche et milieu) avec un jeu de corde costaud (12-56) qui n'était pas là que pour la frime, bien au contraire : sans la contrainte du jeu lead et de ses bends, ce tirant correspond bien mieux à une exigence de justesse et de robustesse sonore qui semblait importante à ses oreilles. Jamais de pédales ou de gadget, un simple Plexi poussé mais pas trop. Le son de Malcolm est très proche d'un son clair, et le tout petit niveau de sortie du humbucker Gretsch est pour beaucoup dans cette clarté. Le crunch vient uniquement de la puissance de l'attaque, et il se mérite.

La leçon
Mais la plus grande leçon que l'on puisse retenir du jeu de Malcolm, et celle dont on peut le plus facilement s'inspirer nous pauvres mortels qui n'auront jamais son groove dans notre coup de plectre, est sa classe absolue. Malcolm était un homme discret, effacé, et ne faisait du bruit que quand il le fallait. Au sein du groupe, il était capable de passer les trois quarts d'une chanson à attendre que sa contribution soit nécessaire : je parle bien sûr de Highway To Hell, sur lequel il ne joue que pendant le refrain et le solo, en soutien, sans égo. Desproges citait un dicton écossais disant "un gentleman est quelqu'un qui sait jouer de la cornemuse et qui n'en joue pas". De l'aveu de son frère Angus, Malcolm était un excellent guitariste lead, mais il ne nous a jamais donné l'occasion de le constater, puisque le groupe n'en avait pas besoin.

Le pont
Malcolm, qui ne jouait déjà plus dans le groupe depuis 2014, est mort le 18 novembre 2017. Je me suis surpris à être beaucoup plus affecté que je n'aurais pu m'y attendre. J'ai eu l'impression de perdre une partie de ce qui m'a construit. C'est bête, je ne l'avais jamais rencontré, tout au plus croisé, et nous n'aurions probablement pas eu grand chose à nous dire.
En lisant les différents hommages rendus par la communauté musicienne, je crois que j'ai compris : Malcolm était le pont, le plus petit dénominateur commun, le point de rencontre entre toutes les musiques qui me touchent. Tom Petty était fan d'AC/DC, Dave Mustaine est fan d'AC/DC, Frank Zappa était fan d'AC/DC. Malgré leur diversité apparente, tous ces génies ont vu en AC/DC l'essence même du rock, l'expression la plus évidente de ce qui nous excite dans cette musique. Et tout ça a été construit grâce à Malcolm. Merci.

Thursday, October 19, 2017

Fantasme 184 - Gretsch Custom Shop '59 Falcon

Il me semble avoir déjà évoqué ma passion dévorante pour les jolies créations de Stephen Stern au sein du Custom Shop Gretsch, mais là il dépasse carrément toutes les bornes ! L'idée d'une Falcon sans pan coupé avec un unique micro manche est brillante, surtout dans ce sublime Lake Placid Blue, une de mes custom colors Fender préférées. J'avoue que le petit morceau de peinture en moins en dessous du coup n'est pas forcément à mon goût, je trouve que le reste du relicage est tellement classe et réussi que cette déchirure n'est pas forcément la plus pertinente.
Mais il en faudrait bien plus pour me gâcher cette sublime création. Maintenant je me demande : la même avec un micro chevalet uniquement, ça aurait de la gueule aussi non ?
https://www.themusiczoo.com/collections/new-arrivals/products/gretsch-custom-shop-masterbuilt-stephen-stern-59-falcon-relic-electric-guitar-lake-placid-blue

Saturday, October 14, 2017

Bouquin - The Invisible Line et les incrustations

Ce très beau bouquin vient de sortir chez Hal Leonard, et se concentre sur l'art de l'incrustation appliqué à notre instrument de prédilection.
Larry Robinson s'est chargé de compiler l'ouvrage, et peu d'artisans sont aussi légitimes que lui pour parler de ce sujet. L'homme est devenu maître dans l'art (car oui c'est un art) d'assembler des morceaux de coquillage ou des pierres minuscules pour créer petit à petit des dessins plus ou moins grands sur un support aussi ingrat que l'épicéa d'une table ou l'ébène d'une touche. On lui doit notamment la millionième Martin, une superbe création sortie en 2003, la dreadnought qui porte le numéro de série 1.000.000 (puisque Martin numérote ses guitares de façon consécutive, donc c'est facile à suivre).
Robinson a regroupé un groupe de sept artisans qu'il considère comme la crème de la crème, parmi lesquels il se compte forcément, et on retrouve aussi David Giulietti, le seul artisan qu'il a autorisé à travailler avec lui pendant les deux années passées sur la Martin, et Bob Hergert, qui s'est quant à lui chargé de la Martin 1.500.000. Décidément c'est une affaire de famille... On ne peut s'empêcher de regretter l'absence de William Laskin, un autre grand maitre du domaine qui aurait parfaitement eu sa place ici.
Chaque artisan reçoit un chapitre d'une bonne vingtaine de pages qui lui est consacré, mélange de texte précis qui fera école et de photos absolument superbes. On sent la passion à chaque page, même si toutes les créations ne seront pas forcément à votre goût. Personnellement, j'ai tendance à aller dans la direction opposée d'une sobriété forcenée, mais ça ne m'empêche pas d'apprécier le travail qui va avec et l'attachement symbolique encore plus fort que peut amener une incrustation évoquant un évènement ou une personne marquantes. Certaines créations flirtent allègrement avec un mauvais goût typiquement américain, cette manie de mettre des jolis dessins pour montrer qu'on peut le faire, à la manière des fameuses PRS Dragon par exemple. À l'inverse, d'autres guitares sont à la fois originales et inventives, et je dois avouer que j'ai un faible tout particulier pour la guitare de Larry Robinson baptisée "Meet The Beetles". Le nom est évidemment un jeu de mot sur le titre du deuxième album des Beatles, Meet The Beatles, mais avec l'orthographe d'origine du mot qui veut tout simplement dire "scarabée". Cette guitare est donc une Telecaster en plexiglas à l'intérieur de laquelle ont été placés toutes sortes de petites bêbêtes. Le résultat est horrifiant ou génial selon votre point de vue, mais ne peut en aucun cas laisser indifférent.
https://www.amazon.fr/Invisible-Line-When-Craft-Becomes/dp/1617136530


Tuesday, September 26, 2017

Fantasme 183 - Gretsch Red Falcon Masterbuilt

Comme vous l'aurez sans doute remarqué, j'ai été plus que discret sur cette page au cours des six derniers mois, ayant choisi de me concentrer sur la version podcast de Guitare Obsession. Mais il est temps de réactiver ce blog, et quoi de mieux qu'un petit fantasme pour relancer la bête ?
Je dois avouer que mon obsession pour le Custom Shop Gretsch ne m'a pas quitté... Les merveilles réalisées par le masterbuilder Stephen Stern ont systématiquement quelque chose de très excitant, y compris des choses improbables à base de bois exotiques. Mais bien sûr, la quintessence Gretsch ce sont des guitares de cowboys avec tellement d'éléments kitschs qu'elles en frôlent le bon goût.
Regarder mieux : cette grosse beauté n'est pas une 6120 ! D'abord elle n'est pas orange mais bien rouge, et elle est décorée comme une Falcon avec la forme de tête caractéristique. Pour parfaire le tableau, Stern a rajouté une décoration d'armrest (là où on pose le coude) et un vibrato franchement bizarre, dérivé de Bigsby mais avec un look bien à lui. Irrésistible non ? Et je n'ai même pas encore mentionné les signes de carte à jouer sur la touche...
https://reverb.com/item/4691544-gretsch-g6136-red-falcon-usa-masterbuilt-2014

Saturday, December 31, 2016

Podcast épisode 16

Le podcast de nouvelle année est en ligne ! Vous pouvez le retrouver ici :
J'y parle beaucoup de ma chère Martin Custom Shop, cet instrument incroyable dont j'ai eu la chance de croiser la route en cette année 2016, voici donc quelques photos de l'usine Martin et de l'élue de mon cœur, lors de notre toute première rencontre.

 L'usine Martin à Nazareth, lieu historique s'il en est.

 L'entrée, ultra sobre !

Ma chère et tendre, lors de notre première rencontre... 

Son superbe dos en noyer.

Sa petite étiquette...

Entre les bras de sa créatrice, Emily du Custom Shop


Une infîme partie des archives Martin...

Saturday, December 17, 2016

Le podcast, épisode 13 !

 Bonsoir à toutes et tous ! L'épisode 13 du podcast est en ligne ici :
Et voici quelques photos pour illustrer mon propos !

La scène du concert de King Crimson à la Salle Pleyel : trois batteurs côte à côte sur le devant de la scène, et la reste de la formation derrière. Si vous regardez bien, vous verrez le Kemper de Jakko Jakszyk de dos sur un baffle PRS.

Le même Jakko Jakszyk, arborant fièrement sa PRS Custom décorée de la pochette du premier album de King Crimson, In The Court Of The Crimson King.

Robert Fripp à l'époque où il jouait sur une vraie guitare.


Une création fascinante du masterbuilder Jason Smith pour fêter à la fois les 30 ans du Custom Shop Fender et les 30 ans de la Stratocaster American Standard. Une Standard réinventée en pièce de collection bleu sombre à plaque rouge.

Chopée aussi sur les Instagrams : la J Rockett Rockaway Archer, leur version de la Klon Centaur revue et corrigée avec l'aide de Steve Stevens.

La nouvelle création de Jeorge Tripps, le guru des effets chez Way Huge : la Conquistador Fuzztortion, une fuzz gatée. Troy Van Leuween a visiblement été mêlé au processus de création.

Thursday, December 8, 2016

Le podcast, épisode 12 !

Bonsoir à toutes et tous !
Comme vous n'avez pas manqué de le remarquer, je me suis fait très discret sur ce bon vieux blog ces derniers temps, pour la bonne et excellente raison que je me suis concentré sur sa version audio, le fameux podcast que vous pouvez retrouver sur iTunes (sur votre appli "podcast", la violette sur les iPhones) et sur le web à cette adresse pour rattraper les anciens numéros : https://soundcloud.com/guitareobs/
Je vais désormais tenter de donner une extension visuelle au podcast en passant par cette page, et voici donc les quelques illustrations liées à l'épisode 12, le dernier en date !
https://soundcloud.com/guitareobs/12-wilco-fender-custom-shop
Pour commencer, à gauche, c'est Robbie Robertson de The Band avec sa magnifique Gibson EMS-1235, une double manche guitare/mandoline à l'aspect parfaitement improbable.

ça c'est sa Strat trempée dans le bronze, celle qui va être reproduite  dans les moindres détails par Todd Krause, le masterbuilder du Custom Shop Fender.

ça c'est Marty Friedman, l'ex-Megadeth de retour chez Jackson. Il a l'air très content.

ça c'est la Jazzmaster 59 de Nels Cline (Wilco). Elle est tellement belle que c'est énervant.

La Jazzmaster Custom Shop en Blue Floral. Dingue.

Ma toute nouvelle titine, une superbe 1304 Silvertone que vous pouvez entendre couiner à la fin de l'épisode :) à la semaine prochaine !



Saturday, September 10, 2016

Le Podcast est là !

Vous en avez plus qu'assez de voir que cette page se dessèche comme un sénateur au soleil ? Il est temps de vous mettre à écouter le podcast de Guitare Obsession ! Cette émission audio, animée par Julien Bitoun (moi donc !), vous propose plein d'infos sur le matos, la musique et les nouveautés à suivre de près.
Plusieurs solutions pour écouter :
- SUR ITUNES : cherchez le menu "Podcasts", et dans la barre de recherche entrez "Guitare Obsession".
- SUR IPHONE OU IPAD : cherchez l'appli "Podcasts" et dans la barre de recherche entrez "Guitare Obsession". Vous avez la possibilité de télécharger les épisodes afin de les écouter hors ligne, dans le bus, dans le métro ou sur votre vélo.
- SUR LE NET : https://soundcloud.com/guitareobs/01-metallica-bonamassa-firebird-beyonce
Dîtes moi ce que ce premier épisode vous aura inspiré !

Saturday, July 2, 2016

Le retour de la vengeance de la Gretsch philosophale

Il y a des guitares comme ça qui vous courent après sans vouloir lâcher l'affaire... J'avais déjà raconté mes traumatismes gretschiens dans l'article The Morning After The New Morning, où j'expliquais en substance que j'adore ma Collings qui est trop facile à jouer et qui résonne comme un extension de mon âme, mais que j'adore aussi le son de ma Gretsch Tennessean de 67 sauf que cette dernière est une tannée à jouer. J'envisageais la solution de bigsbyter la Collings, menace qui est heureusement restée à l'état de projet, mais après la Guitar Fest 2015 et la piètre performance de la Gretsch sur le titre d'ouverture, je l'ai échangée contre une Jazzmaster, me disant que je retrouverais ainsi le plaisir du vibrato sur un instrument plus fiable.
Finalement, j'ai découvert avec la Jazzmaster un univers passionnant mais qui n'a pas remplacé la Gretsch. Je préfère la douceur du Bigsby, et le gros son épais d'une hollow body me manquait. Il faut dire que cette Gretsch m'a énormément inspiré, c'est d'elle que sort une bonne moitié des titres de Tea & Biscuits, dont Brooklyn Cowboy qui lui rend directement hommage (puisque c'est une guitare de cowboy et qu'à l'époque les Gretsch étaient fabriquées à Brooklyn).
Du coup j'ai revendu la Jazzmaster, en me disant que un jour je retrouverai une belle hollow et qu'elle m'inspirerait des bonnes choses et qu'en attendant je me concentrerai sur la Collings qui reste mon cheval de trait indéfectible. Et puis je suis passé dans ce magasin de banlieue dans lequel j'ai bossé pendant fort longtemps histoire de saluer les copains, et je l'ai vue au mur. Un peu comme les animaux zombies qui reviennent à la vie dans un roman de Stephen King, elle était revenue mais avec des trous à la place des boutons et des micros TV Jones à la place des originaux. Entre temps, un autre Julien (sic) l'avait achetée, modifiée puis revendue aussi sec. Il faut dire que d'une part la plupart des contrôles d'une Gretsch ne servent à rien, et d'autre part les micros d'origine était bien vidés. Je l'ai donc reprise en main, et la magie était toujours là. Je suis donc reparti avec, et je me suis dit que foutu pour foutu, j'aimais bien l'idée d'aller dans le sens du dépouillement initié par son propriétaire intermédiaire. J'ai donc enlevé le micro grave et - ô miracle parfaitement prévisible - j'ai gagné un peu de résonance et un look furieux à la Malcolm Young. De toutes façons le micro grave ne m'a pas servi une seule fois de tout le temps où je l'ai eu auparavant. La bonne nouvelle, c'est que le TV Jones de remplacement est parfaitement crédible, et je le trouve ultra proche de l'original, avec un tout petit peu plus de puissance (mais pas énormément non plus, tant mieux).
Reste le problème de la jouer sur scène n'est-ce pas ? Je me dis qu'en fait ça sera une guitare parfaite pour la composition et l'enregistrement, et que son grain sera nickel pour les parties les plus crados de Chicken & Waffle, le troisième album du Julien Bitoun Trio. Et sur scène, la Collings continuera de faire son boulot, puisque je sais exactement à quoi m'attendre de sa part. Ce qui ne m'empêchera pas forcément de changer le chevalet pourri et de faire refretter la Gretsch à un moment... à suivre !
D'ailleurs j'en profite tant que j'y suis... Je ne vous ai pas raconté comment je suis tombé amoureux de cette Gretsch ! La première Guitar Fest a eu lieu en juillet 2014, et pour cette occasion j'ai choisi une dizaine de guitares chez Guitare Village pour changer d'instrument tous les deux morceaux comme une vraie diva. J'ai essentiellement pris des guitares à un micro excitantes, et pour le mini set rockabilly en plein milieu (trois titres avec François à la contrebasse), j'ai choisi cette Gretsch avant tout parce que, étant donné son état, je n'avais pas peur de lui ajouter un pain. J'ai oublié les autres guitares de cette soirée, pourtant très jolies, et cette vieille bique m'est restée entre les mains... L'amour !


Monday, June 27, 2016

Fantasme 182 - Gibson SJ-200 12 cordes 1966

https://reverb.com/fr/item/2391383-1966-gibson-sj-200-12-string-acoustic-guitar-j-200

J'ai toujours trouvé que la J-200 avait une classe folle, mais j'ai toujours aussi trouvé que je ne faisais pas la bonne taille pour en faire mon acoustique, de peur de disparaître derrière. On m'offrirait celle-ci je pense que je réévaluerai mon jugement.
Cette incroyable pièce regroupe tous les éléments qui hantent les rêves des collectionneurs acharnés : il s'agit d'un exemplaire unique (aucune autre J-200 12 cases ou 12 cordes n'a officiellement existé avant l'histoire bien plus récente de Gibson), un prototype datant de l'âge d'or de la marque, acheté par un employé (le BGN à l'arrière de la tête), dans un état superbe avec son étui d'origine.
Et le point de vue du joueur ? Pour commencer j'adore le format de manche 12 cases, qui ramène le chevalet au meilleur endroit pour permettre à la table de vibrer du mieux qu'elle peut, et qui permet aussi une variation visuelle intéressante sur des modèles classiques. Et puis, à la manière des électriques à un micro, le format 12 cases représente une limitation imposée, un obstacle qui influence le jeu du guitariste et lui donne de nouvelles idées, un peu comme un instrument Oulipien. Enfin, une J-200 12 cordes, c'est un peu la cathédrale ultime, de quoi se prendre pour Leo Kottke ou Glenn Frey, selon que l'on chante ou pas.

Thursday, May 19, 2016

L'épineux sujet des endorsements

Le business de la guitare électrique - encore plus que pour n'importe quel autre instrument - est un business d'endorsement. Lorsque nous commençons à jouer, nous le faisons grâce au jeu d'un groupe ou musicien bien précis. Lorsque nous cherchons à faire avancer notre jeu, nous nous penchons sur les plans d'un tel ou une telle. Et lorsque nous nous posons la question du son que nous cherchons à obtenir, nous avons forcément une (ou plusieurs) référence(s) discographique(s) en tête. Imaginons que je suis un guitariste dans les années 80. Je tombe amoureux du son de Led Zep, je vois que le guitariste s'appelle Jimmy Page, et je le vois dans mon magazine de guitare, une Roland en bandoulière : Le court-circuit pour atteindre le son de mon idole n'a jamais été aussi simple, puisque lui-même donne directement le secret du son incroyable que j'entends sur les disques. Tout mauvais esprit mis de côté, nous ne créons jamais ex-nihilo, et à ce titre il est donc logique de s'inspirer du matos de ses mentors afin d'arriver à ses propres conclusions. Après tout, Clapton lui-même est arrivé à la Les Paul en voulant imiter Freddie King, et l'admiration de Hendrix pour Buddy Guy n'est sans doute pas étrangère à son choix de la Strat.
Dans ce contexte, l'industrie de la guitare électrique a bien compris l'intérêt qu'elle avait à associer n'importe quel produit à un nom connu, jusqu'aux pédales, sangles, médiators et jacks décorés par leur signature. Une marque comme Ibanez a entièrement construit sa réputation autour de quelques modèles "signature" judicieusement choisi, et en endorsant systématiquement les étoiles montantes des styles en vogue. Pourtant, malgré l'importance et le côté omniprésent de ce procédé, les guitaristes en savent peu sur le système des endorsements, ce qui leur permet bien entendu d'imaginer toutes sortes de conspirations plus ou moins occulte. Il faut dire que la vue de Brad Whitford avec une BC Rich a de quoi faire douter de la sincérité du partenariat, tout autant que ses pubs récentes pour D'Angelico, comme s'il jouait sur autre chose que des Strats et des Les Paul... Bref, je me suis dit qu'il était temps de commettre une bafouille sur le sujet, en tentant de clarifier les choses tant bien que mal. Ayant moi-même été endorsé à plusieurs reprises, je pense avoir une vision pas si délirante de la chose.

Le simple partenariat
Un endorsement est bien sûr un rapport de force, dans lequel se pose la question de l'équilibre d'exposition entre la marque et l'endorsé. Si le guitariste est inconnu et la marque célèbre, il a tout à y gagner et peut donc accepter un deal "pour la gloire". Si la marque galère et que le guitariste a le vent en poupe, c'est elle qui devra faire un effort financier suffisamment conséquent pour l'intéresser. Si les deux sont également connus, cela devient une pure affaire d'affinité personnelle et d'échange d'intérêts bien compris. Plusieurs types de deals peuvent être envisagés : dans le cas le plus basique (celui qui engage le moins la marque), l'artiste bénéficie de réductions sur de l'achat de matériel. Pour la marque, ça ne représente pas un grand sacrifice, surtout qu'en général la réduction correspond peu ou prou à la marge qu'ils laissent au magasin, donc au final leur marge sur la vente reste la même. Dans un cas plus poussé, la marque peut mettre des instruments à disposition du musicien en prêt. Ce deal est plus contraignant pour elle puisqu'elle doit avoir du stock immobilisé et doit gérer ce parc pour ne pas perdre de vue les instruments prêtés. Souvent, ces instruments sont proposés aux artistes à un prix sacrifié après plusieurs mois d'utilisation. Personnellement, ce deal m'a toujours mis mal à l'aise puisque je n'aime pas jouer sur un instrument qui n'est pas le mien, je ne me sens pas à l'aise pour lui faire les pains qui peuplent généralement mon matos. Mais dans le cas d'une grosse tournée où les musiciens ne sont pas censés s'attacher à leurs outils, ce genre de partenariat a vraiment du sens. Imaginons par exemple que vous accompagnez Lara Fabian (tant pis pour vous) et que vous avez besoin d'une 12 cordes sur un titre, c'est bien sympa si vous n'avez pas à investir pour trois accords balayés sur une Takamine electro. Enfin, le deal d'enfer c'est quand la marque donne les instruments à l'artiste. Pour justifier d'un investissement pareil, il faut bien sûr que le rapport de pouvoir soit clairement en faveur de l'artiste. Mais comme toujours et comme le disait si bien "you don't get something for nothing", ou en langage internet, "si c'est gratuit, le produit c'est vous". Autrement dit, un endorsement engage l'endorsé. Souvent, le deal est informel, il exige une certaine exclusivité (en gros toutes les photos et vidéos officielles doivent montrer l'artiste avec un produit de la marque et surtout pas d'une autre marque) et peut aussi exiger des outils promotionnels, qu'il s'agisse de vidéos de démo ou de photos posées qui peuvent être utilisées sur le site internet et les réseaux sociaux de la marque. Lorsque le contrat est formel, il précise généralement une durée d'engagement renouvelable.

L'Ambassadeur
L'ambassadeur s'engage encore plus que le simple partenaire, puisqu'en général il associe son image à celle de la marque. Dans le cas d'une marque inconnue, l'ambassadeur a pour mission de prêcher la bonne parole et de faire grandir la réputation de la marque en la faisant profiter de sa réputation et de son réseau. Dans le cas d'une marque plus connue, l'ambassadeur défend les nouveaux produits de la marque et leur apporte une crédibilité. Dans le meilleur des cas, l'image de l'artiste correspond parfaitement à l'image de la gamme ou de la marque, et les deux s'entretiennent mutuellement. Un exemple : la marque Golender lance une série de guitares spéciales pour la polka alors qu'ils étaient jusque là réputés par le death metal. Ils proposent alors à la star de la polka Weird Al d'être l'ambassadeur de cette nouvelle série afin de montrer qu'ils savent exactement de quoi ils parlent. Ce rôle d'ambassadeur se faisait traditionnellement par des pubs dans les magazines, et se fait désormais par des vidéos qui sont diffusées sur les réseaux sociaux. Par ailleurs, un ambassadeur est aussi celui qui joue les instruments dans les salons (NAMM surtout, puisque les démos au Musikmesse se font bien rares), voire à l'occasion de tournées de masterclasses et clinics en magasin ou écoles organisées par la marque. Pour l'artiste, ces clinics sont payées et peuvent représenter un apport non négligeable en parallèle de leurs vies musicales. Certains artistes sont même plus démonstrateurs que musiciens.

Le modèle signature
 Il s'agit bien sûr de la forme la plus "visible" d'endorsement, et là encore il y a plein de manières de le faire. Il peut s'agit d'une édition limitée qui n'engage pas à grand chose (la 335 J.D. Simo de Gibson à 25 exemplaires), ou à l'inverse d'un modèle qui rejoint la gamme de façon durable, quitte à connaître des déclinaisons (la Steve Morse chez Musicman). Il peut s'agir d'un modèle ultra précis conçu selon les moindres désirs de l'artiste, développé avec amour des années durant, ou bien une simple déclinaison d'un modèle existant avec une nouvelle couleur ou un logo de groupe apposé. Le modèle signature est une manière d'officialiser la relation entre marque et artiste, un excellent outil marketing pour le marque et une belle source de légitimité pour l'artiste. En général, ce dernier touche des royalties sur les ventes de son modèle, et il dispose bien sûr d'un ou plusieurs exemplaires gratuits. Certaines marques qui ont poussé très loin les modèles signature ont des Custom Shop spéciaux pour réaliser les exemplaires de leurs artistes, comme Ibanez ou ESP qui a son atelier américain pour fabriquer les modèles de ses nombreux endorsés californiens.

Le collectionneur
Certains collectionnent les endorsements, au point qu'ils perdent leur sens. Il y a des collectionneurs qui passent d'une marque à l'autre sans véritable cohérence, que l'on voit chez Taylor une année, puis chez Guild, puis chez Godin, et ainsi de suite. Dans ces cas-là, le public se doute bien que ces changements sont bien plus dus à des désagréments de business qu'à la qualité des instruments et ce en quoi ils s'intègrent à sa démarche artistique. Il y aussi le cas, sans doute moins préjudiciable, des artistes qui ont un endorsement différent pour chaque élément de leur matos : les sangles machins, les câbles truc, les médiators schmurz, les cordes lalali et ainsi de suite. Il s'agit tout simplement d'une bonne manière de ne pas mettre tout ses œufs dans le même panier au cas où une des marques viendrait à disparaître, connaîtrait un changement d'équipe (et bien sûr c'est toujours votre contact qui part !) ou en venait tout simplement à se désintéresser du partenariat.

La marque développée par X
Il s'agit bien sûr du stade ultime ! La plupart des créateurs de marque sont des musiciens, mais je fais ici allusion à des entreprises montées par des rock stars, des gens qui nous font rêver et décident de superviser une production de suffisamment près pour oser mettre leur nom sur les cartons. Dans ce cas, il y a moins d'intermédiaires que pour un modèle signature, ce qui se traduit financièrement par des royalties plus élevés, mais le marque ne bénéficie pas de la puissance marketing d'une grosse entreprise existante (hors partenariat plus ou moins assumé), elle repose donc uniquement sur la renommée de l'artiste. Ce dernier doit donc jouer le jeu, se faire voir aux shows (NAMM encore et toujours) et être disponible pour des interviews au cours desquelles il défendra son bifteck. Pour les artistes créatifs, c'est aussi un bon moyen de développer plusieurs modèles en fonction de ses envies esthético-musicales. L'exemple le plus célèbre est bien sûr la marque de Eddie Van Halen, EVH, qui produit aussi bien des guitares que des amplis, mais c'est un exemple un peu particulier en cela qu'il s'agit d'une marque du groupe Fender et que Eddie bénéficie donc du réseau du géant californien. Il y a aussi Brian May Guitars, les basses de Flea et Marcus Miller ou encore les Slick Guitars de Earl Slick, développées avec le site de vente Guitar Fetish.

Le mot de la fin
Les partenariats entre marques et artistes sont un business énorme, et les deux ont tout à gagner à se prêter à cette tradition déjà ancienne (Gibson Nick Lucas puis Les Paul !). Si vous voulez vous lancer en tant qu'artiste, gardez en tête que vous vous engagez auprès de la marque : ça n'est pas qu'une manière d'avoir du matériel pas cher, c'est un choix de ne jouer que sur certains instruments, et le choix d'attacher votre image à celle d'une marque. Faîtes donc en sorte que ce choix soit sincère et pas uniquement calculé en termes d'intérêt marketing. Côté marque, la même remarque s'applique : choisissez vos endorsés de façon cohérente et privilégiez des guitaristes moins connus et enthousiastes plutôt que des têtes d'affiches qui n'auront pas envie de défendre vos couleurs. Let's go!

Thursday, February 18, 2016

Fantasme 181 - Gibson Les Paul 1955 Seal Brown Metallic

http://guitars.com/inventory/eb6591-1955-gibson-les-paul

Rien ne m'excite autant qu'une guitare ultra familière dans une version légèrement différente que celle qu'on connaît, d'où mon goût pour l'Esquire par exemple...
Et ma Les Paul préférée est sans doute sa version 55/56, c'est-à-dire la Gold Top avec les deux P90 et le chevalet/cordier Tune-o-Matic.
Quand vous combinez les deux ça peut donner cette pièce incroyable qui est d'ailleurs déjà vendue : une Les Paul de 1955, l'une des premières avec le Tune-o-Matic, dans une finition Seal Brown Metallica dont j'ignorais complètement l'existence. On garde le côté métallique du Gold Top donc, mais en plus sombre, ça ne ressemble à rien d'autre et le contraste avec les P90 est sublime. Et puis tant qu'à faire les boutons sont assortis...

Tuesday, February 9, 2016

Chronique d'album - Roky Erickson

Tout a commencé par la reprise de "If You Have Ghosts" par Ghost sur leur EP de reprises du presque même nom (If You Have Ghost), produit par Dave Grohl. En dehors du fait que ce titre m'a rendu à tout jamais fan de Ghost (ce que Meliora n'a fait que confirmer et renforcer, mais c'est une autre histoire), j'ai été particulièrement touché par cette très belle chanson qui aborde le sujet de la solitude sous un angle original. Mais j'ai lu les crédits un peu vite, et en voyant Roky Erickson dont je n'avais pas entendu parler, j'ai pensé au bluesman Craig Erikson et je me suis dit que quand même il savait écrire, mais sans y penser bien longtemps.
Et puis il y a eu la série Sonic Highways de Dave Grohl, dans laquelle il explore l'histoire musicale de huit villes américaines et en profite pour enregistrer un album parfaitement moyen des Foo Fighters. Dans l'épisode sur Austin, il parle de l'histoire de Roky Erickson, ce chanteur torturé par la schizophrénie qui a connu un destin à la Syd Barrett. D'ailleurs son Pink Floyd à lui, c'était les 13th Floor Elevators, un groupe psychédélique avec une gourde électrique (sic) que j'adorais déjà sans avoir fait le rapprochement, et dont Billy Gibbons dit qu'il s'agit de sa plus grande inspiration. Grohl fait une interview avec ce qu'il reste d'Erickson, et d'un coup on entend une de ses chansons en solo, "Two Headed Dog". Et là je bloque complètement : qu'est-ce que c'est que cette voix à tomber par terre ? Je pense même à Bon Scott himself, un vocaliste qui est pourtant intouchable dans mon panthéon personnel.
Je cherche la chanson sur Spotify histoire de la faire tourner en boucle, et là je réalise que l'originale de "If You Have Ghosts" est tirée du même album, The Evil One. Je me le mets en entier, et c'est le choc. Mazette, quel album ! Sorti en 1981 en tant qu'album de Roky Erickson And The Aliens, il a été produit par Stu Cook, le bassiste de Creedence Clearwater Revival, comme si j'avais besoin d'une connexion supplémentaire pour me convaincre d'à quel point Erikson est en réalité un incontournable. La voix d'Erickson y brille de bout en bout bien sûr, avec ce grain rocailleux et arraché qui n'appartient qu'à lui, mais les chansons sont toutes excellentes, de la pseudo bande originale de film d'horreur de série B ("Night Of The Vampire") au doo-wop ("I Walked With A Zombie") en passant par le rock de base toujours bien senti ("Don't Shake Me Lucifer"). Et puis au milieu de tout ça il y a "White Faces", son plus beau titre à mon humble avis, avec ce riff mélodique de guitare qui hante le refrain. La guitare justement, est l’œuvre de Duane Aslaksen (et Erickson tient les rythmiques), et même si certains sons datent un peu (et à la rigueur le chorus fait même partie du charme de la prod) sa contribution est sans faute, toujours à propos et atteint même des sommets comme dans le solo de "Two Headed Dog", un modèle de concision et d'à-propos que je me suis empressé de repiquer.
D'ailleurs je n'ai rien trouvé sur Aslaksen, et à ma connaissance il n'a rien fait d'autre. Si vous avez une info quelconque je suis preneur... En attendant il me reste trois autres albums d'Erickson à explorer, en espérant qu'ils tutoient la perfection de ce Evil One. Et pour ceux qui souhaitent se lancer, la maison de disque Light In The Attic a fait une très belle réédition en vinyle, avec livret bien fourni. Avis aux amateurs !

Wednesday, February 3, 2016

Fantasme 180 - Musicman St. Vincent

Parmi la quantité pléthorique de guitares au milieu desquelles j'ai eu la chance de me promener au NAMM, celle-ci m'a particulièrement scotché. Pourtant ça n'est pas vraiment une nouveauté (elle avait déjà été annoncée en août), mais le fait de la voir et de la toucher dans la vraie vie m'a rappelé à quel point cette gratte est désirable. Pourtant à la base je n'ai jamais vraiment été attiré par Musicman, jusqu'à l'Armada qui m'avait déjà bien parlé. Et pourtant à la base je n'ai jamais eu de modèle signature, et ça n'est pas forcément une idée qui me séduit tant que ça puisque j'aurais l'impression de jouer sur la guitare d'un autre. à part les modèles de Lester Polfuss pour la simple raison que ses guitares sont si omniprésentes qu'elles en deviennent détachées de lui.
J'ai d'abord découvert St. Vincent par l'intermédiaire de l'émission Youtube Guitar Moves animée par l'inénarrable Matt Sweeney (ICI), puis j'ai craqué sur son album éponyme après sa consécration aux Grammys. Une guitariste qui manie la fuzz avec tant de brio ne peut pas être foncièrement mauvaise, surtout lorsqu'elle écrit d'aussi excellentes chansons pop. Mais au-delà de l'histoire qui lui est attachée, cette Musicman est belle à tomber, avec une forme vraiment originale mais qui ne la condamne pas pour autant à une association stylistique trop claire et une configuration à trois mini humbuckers qui n'a pas non plus été si exploitée que ça. Ajoutez à ça un superbe bleu exclusif au modèle et tous les éléments sont réunis pour que je finisse par craquer sur un modèle signature, et chez Musicman qui plus est... Non John, je ne parlais pas de toi.

Wednesday, January 13, 2016

À la recherche de la SG Junior idéale (par Mathieu Albiac)

Aujourd'hui, Guitare Obsession ouvre ses colonnes à d'autres plumes que celle de votre serviteur (Julien Bitoun pour ceux qui ne suivaient pas). L'excellent guitariste Mathieu Albiac a écrit pour vous ce papier sur sa recherche de la SG Junior philosophale, et si vous avez aussi des choses à dire sur ce blog ma boîte mail vous est ouverte. Sans plus attendre, voici la recherche de la SG Junior idéale !

Powerage, Back in Black, Stiff Upper Lip : en bon fan d'AC/DC, la SG a toujours été pour moi un gros péché mignon ; ma guitare de prédilection. J'ai commencé avec un ersatz de Gibson ; une LTD Viper 100, attachante mais peu bandante, avant de goûter aux joies de la marque américaine. D'abord une 61 Reissue Sapphire Blue, excentrique, singulière et motivante ; un joli bout de bois bleu qui vibre dans la main. Puis une Standard VOS, légère, résonnante, avec l'acajou le plus sexy du monde. Mais malgré une satisfaction quasi-totale, le désir de sauvagerie guitaristique s'est fait de plus en plus grand ; quelque chose en moi voulait grogner, mordre, et bouffer la main des joueurs de Strat. Je voulais une SG Junior.

Il y a 10 ou 15 ans, ça aurait été simple pour un gars jeune et fauché de trouver la Junior de ses rêves pour 800 ou 1000 euros. A l'époque, sur eBay ou sur le marché de l'occasion, ces guitares n'avaient pas de réel prestige, de réelle cote, et se négociaient pour quelques cacahuètes ; 1500 euros étaient presque excessifs pour un modèle mint (et je parle bien des Junior kalamaziennes des années 60).
C'est vers 2010 que le marché du vintage s'est considérablement développé, attirant énormément de demandes, pour relativement peu d'offres. Résultat : la cote a explosé. Actuellement, les modèles d'époque se vendent entre 3000 et 4000 euros, quand ce n'est pas plus, face à une guitare particulièrement clean, ou en fonction de l'année (61 et 62 étant les millésimes les plus cotés).
Une solution ? Oui, vous pouvez regarder sur les sites d'annonces américains. Là-bas, les SG Junior sont évidemment bien plus communes sur le marché de l'occasion et peuvent encore se trouver parfois à des prix raisonnables : 1600 ou 1800 dollars. Sauf que si vous rajoutez à cela les taxes d'importation (TVA + frais de douane + frais de port), vous comprenez vite que le jeu n'en vaut pas la chandelle : vous payerez quasiment le prix « européen » d'une Junior, tout en prenant le risque de recevoir une guitare cassée en deux.

L'idéal pour moi a donc été d'attendre patiemment pendant plusieurs années une hypothétique très bonne affaire. C'est risqué et un peu débile, mais quand on n'a pas le portefeuille de Picsou, on se galvanise à l'espoir et au fantasme... Jusqu'au jour où ça paye.

Un soir en rentrant de concert, j'ai comme tous les jours ouvert Leboncoin, et je suis tombé sur ce qui pouvait très bien être la guitare de ma vie. Une Gibson SG Junior de 1961. Elle n'était pas donnée, mais sa tête recollée et ses petites blessures de guerre m'ont permis de la négocier jusqu'à atteindre un prix presque pas astronomique pour un étudiant sans-le-sou.

Après de nombreuses péripéties (vendeur qui s'agace de mes questions / vendeur qui ne se déplace plus / vendeur qui ne veut plus vendre), le 8 octobre 2015, je finis par toucher mon rêve du doigt.

Voici ce que le jeune con exalté que je suis a écrit après avoir récupéré cette magnifique gratte :

Aujourd'hui j'ai recueilli une femme battue. Elle a 53 ans, et quelques vergetures. Son vernis est écaillé, elle a une cicatrice le long du cou, mais elle est aussi belle qu'au premier jour. Elle a le teint bien rouge, des courbes sexy et un poids plume. Sa voix est douce, vibrante, prenante, planante, mais elle gueule pour pas grand chose. Elle aime sortir, elle aime voir du monde. Elle aime les caresses, sur le corps et la tête. Elle aime quand je la fais vibrer et elle me le rend bien.  Elle me rend fou et elle ne demande rien.
Bref, depuis aujourd'hui : j'ai une deuxième amoureuse.

Quelques mois plus tard, le frisson est toujours présent, et il est temps de parler un peu plus de la bête ! C'est parti pour un petit passage en revue de ma Junior.

- Première remarque, après quelques recherches, aidé du numéro de série : contrairement à ce qui était annoncé, la guitare n'est pas de 61 mais de début 62 (m'en fous).

- Elle a eu, comme la plupart des SG des années 60, une réparation au niveau de la tête de manche, sauf qu'ici, la tête n'a jamais été cassée en deux ; il y a seulement eu une fissure qui a été refixée proprement. La réparation est parfaitement stable, et en plus elle donne du vécu à cette vieille madame !

- Côté mécaniques, les petites Kluson sont étonnamment fiables et robustes. C'est simple : cette Junior tient mieux l'accord que toutes mes autres SG. L'accordage ne bouge presque pas, comme si tout était parfaitement équilibré.

- L'électronique et le P90 format Dog Ear sont 100% d'origine. Les boutons sont extrêmement propres et très peu effacés. Au dos, la plaque de la cavité électronique est toute petite, toute mignonne ; c'est à partir de 1965 que Gibson va creuser des cavités beaucoup plus grandes, pour des raisons économiques.


- Le vernis a vieilli magnifiquement sur toute la surface de la guitare. Je rêvais d'une Junior bien craquelée, bien patinée, et celle-ci est juste splendide. Elle fait partie du tout petit nombre de SG qui ont des craquelures verticales ; 98% du temps, les craquelures sont horizontales sur les guitares solid-body (sur les hollow-body, il est un peu plus courant de trouver des craquelures verticales). Quoi qu'il en soit, sur une Junior, c'est inédit ! Il y a cependant aussi pas mal de craquelures horizontales, mais visibles seulement sous certains angles et sous certaines lumières. C'est simple, je la redécouvre constamment en fonction de l’œil que je pose sur elle.


- Le corps est en acajou du Honduras avec un grain uniforme et régulier, en une partie (les corps en plusieurs parties apparaîtront chez Gibson à partir de 66, même si cela restera rare). La guitare entière est ridiculement légère : 2,6 kilos à la pesée. Ceci explique pourquoi le son à vide est juste démentiel.

- Elle est dotée du fameux logo « Les Paul » parce que, comme vous le savez, la SG ne s'est appelée « SG » qu'à partir de mi-63. En 61, 62 et début-63, nous avions affaire à une Les Paul Junior. C'est à partir de mi-63 que l'on passe à une tête plus sobre, avec seulement le logo Gibson (ce qui est forcément plus moche).


- Le pickguard est fixé au corps par 8 vis. En 1961, les Junior n'en avaient que 7, mais pour plus de stabilité, Gibson a vite décidé de monter des pickguards avec 8 vis, notamment parce que le bakélite (matière qui composait les plaques de protection) avait tendance à se rétracter et se gondoler. D'ailleurs, l'ancien propriétaire de ma Junior a eu la bonne idée de retirer le pickguard d'origine (légèrement gondolé mais pas cassé) et de le remplacer par une réplique en plastique de chez Jeannie Pickguards : il n'est pas parfaitement identique, il est un peu plus pointu, mais au moins il ne craint rien (et puis, si je veux jouer au snob fétichiste des instruments vintage, je peux toujours remettre l'ancien et me la péter).
Pour information, le « petit » pickguard n'est présent que jusqu'en 1966. Courant-66, il est remplacé par un pickguard dit « batwing », plus standard (et forcément plus moche).


- La touche de ma guitare est particulièrement singulière : on peut voir une délimitation nette entre une partie claire et une partie plus foncée, au niveau de la jonction avec le corps. La touche est faite en palissandre de Rio (aux jolis reflets rougeâtres) comme c'était le cas jusqu'en 63/64. Elle est dense, assez peu poreuse et belle à croquer (même si je ne m'y risquerais pas).



- Le manche est fin et très confortable : beaucoup moins épais et typé « bûche » que les modèles de 64 à 66 (qui ont pas mal de charme, eux-aussi).

- Ma SG est équipée d'un chevalet dit « angled-bridge ». De 61 à mi-62, Gibson montait sur ses Junior des chevalets non-compensés (lisses) avec une pose en biais qui permettait de donner une intonation relativement juste à l'instrument. Ce chevalet a l'avantage d'avoir une grande résonance ainsi que beaucoup de mordant et de sustain naturel.
A partir de mi-62, Gibson montera des chevalets dits "compensated", avec des encoches pour chaque corde, permettant de laisser le chevalet parallèle au micro (ce qui est forcément beaucoup moins sexy). Ces encoches étaient faites pour les cordes de sol filées, ce qui a donc créé de nombreux soucis d'intonation dans le futur pour les guitaristes jouant avec un sol non filé.
La plupart des SG Junior de 63, 64, 65, 66 vendues maintenant d'occasion sont montées avec des chevalets à intonation réglable (Badass, Tonepros), ou bien avec des copies du wraparound d'origine, mais avec l'encoche de la corde de sol déplacée, pour une bonne intonation.
Précision : le côté anarchique et "imparfait" de Gibson fait qu'il est possible de trouver certaines SG Junior avec un chevalet exagérément incliné, ou au contraire trop peu incliné, que ce soit en 61, 62, ou même plus tard. La mienne, par exemple, a un angled-bridge légèrement moins prononcé que ceux de certaines 61. Du point de vue de la justesse, j'ai eu de la chance : avec un tirant de cordes en 11-48, elle sonne parfaitement juste.

angled et compensated

- Pour ce qui est du son, je ne vais pas y aller par 4 chemins : le P90 est clairement ce qu'il me manquait. C'est mordant, c'est réactif, c'est chaleureux, c'est ouvert, c'est moelleux, c'est punchy. Pour la première fois de ma vie, j'ai compris que la tonalité était un réglage utilisable et même jouissif, permettant d'obtenir des sons très polyvalents, du Woman Tone de Clapton au classique micro manche, pour peu qu'on peaufine au potard de volume.


Quelle conclusion tirer de tout cela ? La SG Junior est un peu la guitare ultime : simple, épurée, agressive et nerveuse. Quand je joue, j'aime sentir que je dois dompter mon instrument, que je peux et que je dois lui rentrer dedans pour en tirer le meilleur : c'est ce qui me plaît avec cette guitare. Au fond, cette Junior est comme un cheval sauvage à monter sans selle ; un soutien permanent, une partenaire idéale. Je ne sais pas si celle-ci sera un jour aussi connue que la Junior de Bertignac, mais ce qui est sur c'est que, comme lui, je vais passer ma vie sur cette gratte.

Si cet article a pu vous faire office de « petit guide d'achat (pas objectif) de la SG Junior », j'en suis ravi. J'espère que, comme moi, vous aurez la chance de mettre la main sur une de ces mojo-machines. Donnez-leur de l'amour : elles vous le rendront.